
Partons avec Pierre et Serge pour la visite du carreau des mines de fer, à Nyoiseau. Les hautes silhouettes qui dominent le bois de Nyoiseau sont familières aux automobilistes. Mais qui les connaît ? Depuis la fermeture du site, en 1985, les bâtiments du carreau de la mine de fer rouillent tranquillement. Les mineurs n'oublient pas que les deux chevalements, grands comme des clochers d'église, ont guidé leurs pas vers la mine pendant plus de 30 ans.
La journée commence à 5h30. Et vers 13h45, on ressort de là-dedans tout noir de boue.
Chaque fois, c'est le même rituel. D'abord se rendre à la salle des pendus qui permet, au ras du plafond, de faire sécher les vêtements. II faut descendre son panier, y accrocher ses vêtements de ville, décrocher sa tenue de mineur (un bleu, le casque, des bottes, une grosse ceinture et une corde), et envoyer le tout au plafond. Au pied du chevalement , la salle est toujours là. Le sol est encombré de plâtras, mais les numéros qui marquent le pendu de chacun restent visibles.
Voilà le mien, le 323, c'est mon panier
se souvient Pierre. Pour Serge, c'est le 232.
Ensuite, ne pas oublier sa lampe à carbure (qui deviendra électrique ensuite).
C'est comme ça que le porion, le chef de poste, sait si nous sommes au fond.
Un système de pointage par jeton assure un plus de sécurité.
Le soir, si quelqu'un manque, le porion retarde le départ des explosifs qui creusent la roche.
La lampe en main, les mineurs grimpent dans la cave (une cage d'ascenseur) qui les descend en deux minutes dans les galeries, souvent à 400 m sous terre. Après, chacun rejoint son site d'extraction, parfois situé à plusieurs kilomètres.
On fait le trajet dans le petit train qui circule au fond, puis à pied. Pour certains, c'est long !
Si bien qu'il ne leur reste que 5 heures de travail. C'est une perte de salaire, car on est payé à l'abattage.
A Nyoiseau et Segré, pas question d'utiliser de gros engins comme en Lorraine.
Les tailles sont trop étroites. Par endroits, deux gars forts peuvent pas se croiser ". Tout ou presque se fera à la main jusqu'à la fermeture du site.
A partir des galeries, on perce des cheminées à remonter vers la surface.
On utilise des poussoirs et des marteaux.
Le genre d'outils qui pèse au moins 30 kilos et qu'il faut traîner avec soi.
Sans parler des étais en bois qui sécurisent les galeries et qu'on trimbale à mains d'hommes ...
Les premiers mineurs sur le site vivaient dans la poussière. " Ca leur tombait sur les poumons. Ils étaient morts avant 50 ans ". A partir des années 50, l'utilisation de l'eau va améliorer les conditions de travail.
N'empêche, on était noir de terre. La lampe était noire aussi. On n'y voyait plus rien.
Un travail éprouvant avec lequel l'accident n'est jamais loin. A un kilomètre du carreau, sur le fronton de la chapelle du Bois 2, des plaques portent des noms qui rappellent les drames. Comme ce jeune gars de 16 ans tombé dans un concasseur.
Ou cet autre, à quelques semaines de la retraite, qui glisse dans un puits de 200 mètres.Pendant sa chute, il appelait ses
[3] enfants
Des drames certes, mais aussi une forte camaraderie qui donne à la mine sa fierté.
Sur le Segréen, nous avons été jusqu'à 3000 mineurs, insiste Pierre. On a une empreinte très forte ici. Et dans les mines de fer, notre travail est resté du Zola jusqu'à la remontée du dernier mineur du puits du Bois 2, le 31 juillet 1985
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